C’est sans doute le maître-mot pour l’AILF en 2003 : la formation. Il paraît clair à tous en effet que la profession de libraire ne peut faire l’économie d’une réflexion sur ses pratiques, à l’heure où les mutations que connaît le secteur du livre doivent inciter tous ses acteurs à clarifier leurs positions. Forte de ses rapports privilégiés avec ses partenaires naturels que sont le BIEF et l’INFL (Institut national de formation en librairie), notre association s’est donc lancée dans un programme qu’on pourrait schématiser ainsi : un principe, trois étapes.
Le fondement même de notre réflexion concerne la manière dont on devient libraire. Nous sommes convaincus en effet qu’au-delà de compétences d’ordre technique, le métier de libraire est aussi et surtout une question de transmission et d’échanges.
D’où le choix de joindre aux professionnels de la formation des libraires expérimentés. Une dizaine de libraires du Nord et du Sud se sont donc réunis à Montreuil, en juillet dernier, pour se former à la pédagogie de la formation. Cette expérience « multiculturelle » s’est révélée étonnante, et suffisamment riche pour qu’elle vaille la peine d’être prolongée dans le futur.
L’étape suivante a consisté à se lancer dans des formations sur le terrain, avec dans la mesure du possible des équipes « mixtes » de formateurs issus de la région, et de formateurs extérieurs. Nous avons participé activement à des formations que le BIEF a organisées pour le compte de l’AILF, avec le soutien du ministère français des Affaires étrangères et de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie. Trois sessions en 2003 : Beyrouth en juillet pour la sous-région du Moyen-Orient, en collaboration avec la Maison du Livre ; Cotonou le même mois pour une des sous-régions d’Afrique de l’Ouest ; Rabat en décembre pour le Maroc et le Maghreb. Si Dieu lui prête vie, c’est-à-dire si nos bailleurs de fonds le permettent, ce programme devrait se prolonger en 2004.
Troisième étape, et ce n’est pas la moindre : assurer une suite à ces formations. Les stagiaires sont demandeurs, et les apprentissages ne deviennent effectifs que par leur mise en application dans les librairies. Cet accompagnement se fera en fonction du terrain. Ainsi pour la sous-région concernée par la formation de Cotonou, les formatrices, libraires au Togo et au Bénin, effectueront prochainement un déplacement, l’une à Niamey, l’autre à Ouagadougou. Elles pourront travailler avec les stagiaires, et apprécier leurs besoins, ce qui devrait permettre de réfléchir au programme de futures formations. Est également envisagé le déplacement de l’un ou l’autre responsable de librairie vers un confrère, pour un échange concret sur la manière de concevoir son projet de librairie en fonction de son marché.
Car c’est un de nos constats : la nécessité de former de manière distincte les employés et les responsables de librairies. Et pour ceux-ci, la nécessité de saisir la globalité de leur métier, par un travail d’échanges et d’analyse. À côté des jumelages que l’AILF a lancés, sous forme de séjours de trois ou quatre semaines dans une librairie du Sud ou du Nord, nous voudrions imaginer ainsi des jumelages courts entre responsables qui se seraient rencontrés lors des formations. Il ne suffit pas de savoir vendre, ni même de savoir acheter pour être libraire. Il faut comprendre son marché, et s’y adapter. Cela s’apprend par la seule vraie méthode pour devenir libraire : le regard, le questionnement, l’échange, la pratique.
Notre réflexion en est là. Nos objectifs sont fixés. Nos premiers terrains d’action sont naturellement ceux des formations en cours. Et les projets ne manquent pas...