Après une participation en 1998 et en 2002 au Comic-Con de San Diego, les éditeurs français du secteur souhaitaient à nouveau une opération de promotion aux Etats-Unis.
Une sélection de 160 bandes dessinées a été ainsi présentée sur le stand du BIEF à BookExpo America (3-5 juin 2005) et plusieurs chargés des droits se sont alors déplacés à New York (Séverine Aupert pour Albin Michel BD, Sophie Castille pour Dargaud, Laurent Schmidt pour Dupuis). Alice Tassel de son côté (French Publishers’ Agency) a établi de nombreux contacts et s’est rendue ensuite en « mission exploratoire » au Comic-Con de San Diego (14-17 juillet 2005).
Pour ces deux opérations, le BIEF a réalisé un catalogue de bandes dessinées dont les droits sont disponibles, diffusé auprès des professionnels nord-américains.
Alice Tassel : aux Etats-Unis, le succès du graphic novel attire les éditeurs de littérature générale
Book Expo America s’adresse particulièrement aux professionnels : distributeurs, libraires et éditeurs. C’est l’occasion pour les professionnels du secteur de rencontrer leurs homologues, faire de nouveaux contacts, participer aux nombreux panels et conférences.
Pour les éditeurs français, c’est un moment plus détendu que la foire de Francfort, où ils prennent le temps de visiter les stands et en profitent pour faire le tour de leurs contacts en ville, plus encore lorsque BEA a lieu à New York (une année sur deux).
Si BEA n’est pas la foire de référence pour le secteur de la BD, y sont présents toutefois ceux qui ont le monopole du marché comme DC Comics, Dark Horse ou Marvel.
Comic-Con, qui a lieu chaque année à San Diego en Californie, est en revanche le territoire des éditeurs de “comic books” avec une tendance d’année en année à s’ouvrir aux compagnies de jeux vidéos (Nintendo), aux chaînes câblées (Sci-Fi Channel) et aux départements graphiques des studios de cinéma (Lucas Art, Dreamworks, Disney), qui occupent généralement, logique marketing oblige ! des stands énormes. Ce qui fait dire à Greg Turner, directeur des ventes de Fantagraphics, avec une pointe d’agacement : « La foire a tendance de plus en plus à se peupler de gens qui ne sont pas du tout issus de la BD ».
Comic-Con est un rendez-vous sur quatre jours où les amateurs et les connaisseurs (plus de 94 000 visiteurs cette année) ont le privilège de rencontrer leurs auteurs préférés, lors des séances de signatures et des tables rondes, d’acheter des planches originales, et bien sûr des livres : nouveautés, titres du fonds, éditions anciennes, pièces de collection, mais aussi des produits dérivés (jouets, tee-shirts, sacs, figurines, DVD, etc.).
Le genre “manga” a toujours une place prépondérante sur le marché américain mais enregistre une baisse régulière depuis deux ans et semble avoir atteint sa limite, probablement parce qu’« on trouve de tout, du très bon manga mais aussi du très mauvais », selon Lance Keiter de Dark Horse. Le genre “graphic novel” (qui diffère du “comic book” par un graphisme plus épuré mais toujours soigné, l’importance du texte, et par un format plus proche du livre “ordinaire”) connaît une irrésistible ascension. Aussi les éditeurs de littérature générale, surfant sur le succès et la brèche ouverte par ce nouveau genre, commencent à investir Comic-Con tels Scholastic, qui a récemment lancé sa ligne de “graphic novel” intitulée Graphix, Simon & Schuster Children’s Books ou encore Del Rey du groupe Random House, qui n’en est pas à son premier coup d’essai puisque par l’intermédiaire de ses filiales Pantheon et Vintage, il a publié les oeuvres entre autres des titres d’Art Spiegelman et de Marjane Satrapi.
Ce nouvel élan éditorial semble toutefois se faire au détriment des petites maisons indépendantes. En effet de plus en plus de maisons, et plus particulièrement new-yorkaises comme Ballantine (toujours le groupe Random House), Chamberlain Brothers (imprint de Penguin), St Martin’s Press et First Second (tous deux appartenant au groupe Holt) débauchent des artistes originellement découverts et lancés par des maisons indépendantes comme Fantagraphics, Top Shelf ou Drawn & Quaterly. C’est la “ruée vers l’Est”* qui devrait se confirmer avec la première édition de New York Comic-Con en 2006.
Les auteurs y trouvent non seulement une stabilité financière (avec parfois des avances à six chiffres) mais aussi la possibilité d’être distribués dans un circuit plus large que celui des librairies spécialisées.
* Voir le Publishers Weekly du 22 août 2005, “The Road to Fruition” (www.publishersweekly.com)