Un certain piétinement dans l’organisation…
La présentation sur le stand du BIEF de 1 100 titres provenant de 35 maisons d’édition (contre 750 l’an dernier) plaçait la France en première position au niveau des représentations étrangères et a entraîné une très forte fréquentation du public.
C’est ce qu’ont pu constater les professionnels français nombreux à faire le déplacement, qui par ailleurs ont rencontré quelques difficultés pour pénétrer dans l’enceinte de la foire liées au filtrage des entrées pour raisons de sécurité et à l’absence de priorité accordée aux exposants munis d’un badge. Plusieurs rendez-vous ratés pour ces professionnels pour cette raison, d’autres parce que leurs homologues russes n’étaient pas toujours venus aux rendez-vous. Comme l’ont précisé certains, obtenir un autre rendez-vous demande beaucoup d’énergie car pratiquement personne ne parle anglais sur les stands russes et la signalétique n’est faite qu’en cyrillique. Une part de déception donc… Il a fallu compter sur l’aide précieuse de notre partenaire commercial Emmanuel Durand de la librairie Pangloss de Moscou pour que les éditeurs français puissent travailler de manière satisfaisante.
…mais un réel enthousiasme des éditeurs russes
Dans le domaine de la bande dessinée notamment, que jusqu’à présent les Russes avaient tendance à considérer comme destinée uniquement aux enfants et qui est surtout synonyme des produits Disney, à travers la maison d’édition Egmont Rossia. Grâce aux actions du Service culturel de l’ambassade de France – invitation en mars dernier de Loisel et Jean Giraud, organisation d’un Master Class avec des dessinateurs russes –, la création française a été mieux connue, les ventes de la librairie Pangloss dont le rayon BD rassemble quelque 250 ouvrages se sont multipliées et son directeur vient de signer un contrat de distribution pour Astérix en russe chez Biblion. Au cours de la Foire, on a enregistré nombre de demandes spécifiques de la part de maisons d’édition russes désireuses de se lancer dans ce domaine.
Dans la continuité de ces échanges, un dessinateur et des éditeurs russes seront présents à Angoulême en 2004 et le BIEF envisage également une présence au salon de la BD de Moscou en 2004.
Notons enfin un intérêt marqué pour les ouvrages d’art de maisons comme Ars Latina, ACR et Assouline.
Un circuit de distribution toujours précaire et une législation inadaptée
La question souvent posée par les éditeurs d’art français, «comment garantir les paiements», reste entière. De même que la distribution reste aléatoire. Les distributeurs disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus, juste le temps de faire quelques «coups»*. De plus, la législation fiscale en vigueur (TVA de 10 % sur le livre) et surtout les règles comptables inadaptées ne favorisent pas les investissements. Il y a toujours une certaine morosité du côté des éditeurs russes, très intéressés par la production des maisons d’édition françaises mais hésitants quant à l’achat de droits.
On remarque néanmoins l’émergence d’une classe moyenne parmi le public, accordant un plus gros budget à l’achat de livres.
Sur le plan professionnel, Emmanuel Durand insiste sur le besoin d’une formation pour les libraires. «Rien que le réassort leur pose de grosses interrogations. Ils n’ont pas le réflexe d’aller en réserve voir s’il reste des exemplaires à mettre en vente. La gestion informatique d’une librairie serait un bon sujet de formation », constat partagé par Igor Sokologorsky, nouveau responsable du Bureau du livre de l’Ambassade de France. Le BIEF programmera pour 2004 des rencontres professionnelles franco-russes sur le thème de la diffusion et de la distribution.
Avec des Belles Etrangères qui lui seront consacrées en 2004 et une invitation d’honneur au Salon du livre de Paris en 2005, il va être beaucoup question de la Russie…
*Voir l’étude sur l’édition en Russie, réalisée par Jean-Christophe Arnold, disponible au BIEF.